Publié par Patrick

Frédéric Chatoux

 

Interview de Frédéric Chatoux

 

Bonjour Frédéric, comment allez vous ?

 

Je vais très bien merci. Un peu sur un petit nuage. D'abord sur un plan personnel et aussi grâce au sujet qui nous intéresse aujourd'hui : le livre.

En premier lieu, parce que les retours des lecteurs commencent à me parvenir et qu'ils m'apportent un bonheur au delà de mes espérances et de mon imagination. Aussi grâce à la nomination dans la course à ce prix littéraire qui me rapproche à la fois de mes collègues auteurs, de certains lecteurs et de ma fille qui s'occupe activement de mon "qui parle?" pour le faire connaître. Elle est incroyable. Elle fait des études de communication à I' Institut Catholique de Paris et elle est vraiment douée.

Ce genre de complicité avec mes enfants m'enchante.

 

Pouvez vous nous dire en quelques mots (ou phrases) qui vous êtes Frédéric ?

 

Cette question m'a souvent mis mal à l'aise...

J'ai toujours beaucoup de difficultés à répondre car entre fausse modestie et autosatisfaction la marge est mince. Commençons par des choses objectives. Je suis musicien, flûtiste. Je travaille à l'opéra de Paris depuis plus de vingt-cinq ans et j'y occupe le poste de soliste.

J'aime aussi beaucoup l'enseignement. Je suis professeur de flûte au conservatoire régional de Paris où je forme des étudiants. Voilà pour le côté professionnel.

Dans la vie privée, je suis marié à une femme exceptionnelle qui m'a donné deux enfants affectueux, intelligents, et en bonne santé.

D'où ma réponse positive à votre première question.

D'une façon plus subjective, je dirai que je suis un homme loyal, sincère et sensible.

J'ai un caractère fier que l'on peut qualifier de "caractère de cochon" parfois. Mais je crois que l'on me pardonne... En fait je ne supporte pas l'injustice. En même temps, je place l'humilité au dessus de tout. Cela me tempère. Donc, lorsque je me révolte, c'est toujours par souci d'honnêteté, la mienne et celle des autres.

Et concernant l'humilité, je considère qu'elle n'est pas antinomique avec l'envie de réussir ce que l'on entreprend. Il faut croire en soi... raisonnablement! Ce qui n'empêche pas de tenter des choses déraisonnables... comme écrire un roman par exemple.

 

Quel est votre parcours professionnel ?

 

J'ai déjà partiellement répondu plus haut.

J'ajouterai que j'ai étudié la flûte à Manosque et à Marseille. J'ai donc arpenté les mêmes rues et usé mes culottes sur les mêmes bancs que Sol, mon personnage principal. Et comme lui j'ai eu mon bac à 18 ans à Marseille.

Côté orchestre, j'ai eu la chance de débuter ma carrière sous la baguette de Léonard Bernstein au sein d'un des meilleurs orchestres de jeunes, celui du Schleswig-Holstein Musik Festival. Nous étions une formation d'étudiants recrutés dans les plus grandes écoles du monde. Un rêve!

 

Vous avez plusieurs flèches à l'arc de votre vie, cela n'est-il pas trop dur de changer de  casquette ?

 

Pas du tout! Au contraire. Chaque domaine nourrit l'autre.

C'est absolument passionnant de voir les liens se tisser entre ces mondes. Écrire c'est coucher sur le papier ce que ma flûte tente d'incarner lorsque je lis une page musicale écrite par un autre. En écrivant des textes, je comprends ensuite mieux et je sers mieux la pensée des autres, j'ai un respect immense pour ceux qui créent.

Et lorsque j'écris, je mobilise en moi une sève créatrice qui a appris depuis tout petit à essayer de trouver le ton et l'idée justes.

Lorsque je joue de la flûte j'ai aussi le sentiment de puiser dans le même imaginaire que celui de mes textes.

Les choses se fondent dans la même glaise.

 

Pouvez-vous en quelques mots Frédéric nous raconter avec vos propres mots votre livre "Qui parle" ?

 

C'est un roman que j'ai pensé "total". Un peu comme un opéra. J'ai tenté de décrire, d'embrasser l'âme humaine, sous ses formes multiples. Hermann Hesse considérait que l'humain avait en lui au moins deux facettes, l'homme et l'animal. Il pensait même que ces deux visages ne suffisaient pas à le définir fidèlement et qu'une myriade de forces cohabitent en nous.

Je me retrouve dans cette vision. C'est sans doute pour cela que j'ai du mal à me définir moi-même.

Dans mon livre j'ai donc eu besoin de faire vivre un personnage doté d'une sensibilité extraordinaire, un peu comme un postulat de base. En même temps, je n'ai pas voulu que cette sensibilité devienne le personnage central. Pour la bonne raison que chacun d'entre nous vit avec ses particularités, ses singularités, ses étrangetés, et que cette intimité vécue avec soi-même rend la chose normale; je voulais que ce don de vision que possède Sol devienne presque banal, presque inutile... Presque...

Et tout est dans ce presque. Parce que grâce à lui, le train-train, aussi douloureux soit-il, se fissure et en se fissurant permet à l'histoire de commencer.

Il me semble que c'est la force de l'art de créer des fissures dans nos habitudes pour nous obliger à nous repenser, nous repositionner, nous mettre en mouvement et en perspective afin de ne jamais dire "je suis comme ci ou comme ça" mais plutôt "je deviens, je vais vers".

 

Combien de temps avez-vous mis pour écrire votre roman ?

 

Trois ans. Comme vous le souligniez, j'ai plusieurs flèches dans mon carquois.

J'ai donc utilisé le matin très tôt pour écrire et aussi beaucoup les transports en commun. Le RER A était mon bureau favori.

 

Comment vous est venue l'idée de votre histoire ?

 

C'est ma femme qui m'a donné l'idée d'écrire un roman. En lisant mes lettres, mais aussi des discours ou même de courts récits, elle m'a dit qu'un jour j'allais écrire un roman....

Plus tard, un ami est tombé malade. Il adorait la littérature. J'ai décidé de me mettre à écrire pour "lui tenir compagnie".

À ce moment-là, je suis parti comme pour un cadavre exquis, un peu comme ceux que j'écrivais avec cet ami lorsque j'étais enfant (il avait l'âge de mes parents). J'ai écrit un début de façon presque automatique. Le sujet était : l'excellence. J'ai imaginé que cette excellence s'incarnait en l'homme de la meilleure manière lorsqu'il est sincère, humble et sensible. J'ai eu envie de mettre en scène un jeune garçon découvrant la vie. Et mon jeune fils, doué de façon incroyable, m'a inspiré ce début. Ensuite j'ai imaginé comment poursuivre... et finir.

Et très vite, il m'est apparu que la réponse à la question du sens de la vie était l'art.

J'ai donc eu comme fil directeur le parcours des personnages vers leur quête de création artistique. Chacun explorant un domaine différent : peinture, sculpture, musique, écriture. J'ai pour espoir d'arriver à explorer les deux premiers d'ici la fin de ma vie...

 

Lorsque j'ai lu votre livre, assez rapidement je me suis imaginé regarder un film, ou un tv film, quels comédiens verriez-vous pour jouer les rôles titres de votre Roman ?

 

Amusante question à laquelle je n'avais pas pensé. Difficile...

Trop difficile d'imaginer des acteurs connus pour incarner des personnages si intimement liés à mon imaginaire. Je crois qu'un casting d'inconnus serait parfait !

 

Quelles sont vos conditions pour bien écrire ?

 

Soit un grand calme, soit dans des lieux publics, un café ou au milieu de passagers dans un train ou un avion.

Mais surtout je dois sentir que j'ai quelque chose à dire. Si tel est le cas je peux écrire sans lever le nez pendant deux ou trois heures d'affilées. D'une façon générale donner du sens aux choses est la discipline que j'essaie de mettre en pratique.

 

Ecrivez vous en musique ? (et si oui quel genre ?)

 

Non. Je n'arrive pas à écouter de la musique et faire autre chose ... En revanche, les bruits de la vie me nourrissent sans me distraire.

 

Quels sont les retours des lecteurs pour "Qui Parle ?"

 

Ils sont touchés, et n'ont pas pu lâcher mon histoire. Quelle joie de recevoir ces commentaires. Ces retours me comblent.

J'ai donc décidé de constituer un livre d'or ...

 

Où vos admirateurs pourront-ils vous rencontrer dans les prochains mois ?

 

Du côté communication, je suis plutôt un ours. Il faut venir me chercher. J'ai toujours la crainte de forcer les choses. Heureusement ma fille me stimule.

J'attends que les gens aient vraiment envie.

Pour l'instant seuls des concerts avec mon ami Yvan Cassar au piano sont prévus au printemps et au début de l'été. J'y présenterai sans doute mon "Qui parle?" . Je me fais un peu violence... Le livre me soigne.

J'attends encore quelques retours de lecteurs et ensuite, avec l'éventuel prix littéraire Léa, et si la tendance des satisfactions se confirme, j'irai faire des demandes auprès des libraires. J'adore les librairies. Je m'y sens bien, un havre de paix fertile. Les livres sentent bon. Ils sont patients, ne se soucient pas du temps, un jour ils trouveront un lecteur. Parfois, ils seront retournés à l'éditeur, et cela me rend triste. Un livre qui n'est pas lu. Quand on pense au travail...

C'est pour cela que je suis touché par votre démarche, votre capacité à lire avec un bel appétit...

Je disais donc que je présenterai mon livre à des libraires. Je leur proposerai de faire un peu de flûte à l'occasion des dédicaces. J'aime bien ce mélange. J'ai eu l'occasion de vivre cette expérience avec l'orchestre d'Orléans, c'était fabuleux !

 

Avez-vous un projet littéraire en cours? Et si oui pouvez-vous en quelques mots, nous dévoiler une info ?

 

Pour l'instant des bribes de débuts. Rien de concret.

Je crois que j'ai besoin d'aller au bout de cette première aventure avant de reprendre le stylo.

Je suis du genre fidèle, j'ai du mal à me détacher de mes personnages. Peut-être une suite...

 

Côté musique, quels sont les projets à venir? (cd, concert ou autres)

 

J'ai déjà répondu plus haut. J'ajouterai que ma saison à l'opéra est très chargée et que je garde mon énergie pour des concerts avec mes partenaires favoris. Il y aura peut-être quelque chose à Paris d'ici un mois, mais je ne suis pas encore décidé. L'ours veille encore...

 

Que pouvons-nous vous souhaiter pour l'avenir ?

 

Beaucoup de lecteurs et une santé de fer pour vivre généreusement tous mes projets.

 

Y a-t-il une question que je ne vous ai pas posé et à laquelle vous auriez aimé répondre?

 

Je ne crois pas. Vous m'avez déjà bien cerné avec le choix de vos questions. C'est rare une telle personnalisation d'un questionnaire. Vous avez un côté Socrate, un "accoucheur".

 

Peut-être une question quand même: " Comment vivez-vous la critique" ?

 

Comme une intrusion dans son intimité, comme une mise à nu devant des gens habillés. Beaucoup ne savent pas la difficulté de tenter l'aventure d'une création artistique. Pour ma part, et sans doute parce que mon livre n'a pas encore un succès planétaire, je n'ai pas eu à souffrir de cela. Cependant lorsque quelqu'un s'apprête à commenter mon livre, j'ai toujours ce léger pincement au coeur; "et s'il s'était ennuyé, s'il trouvait cela mal écrit etc...?".

La critique constructive, respectueuse, objective est toujours la bienvenue. L'envie de se payer quelqu'un, d'entrer en lui comme une boule de pétanque dans un jeu de billes peut vraiment faire mal. Quand on décèle un défaut, il faut toujours chercher en même temps une qualité. Pour ne pas détruire. Et en lisant vos critiques, je ressens ce profond respect. Vous êtes vraiment intéressé, dans le sens d'une sincère envie de découverte. Même si l'on peut percevoir vos préférences, vos doutes, vous restez positif.

 

Merci beaucoup Frédéric pour les réponses, et avant de se quitter pourriez-vous répondre à notre questionnaire du tac au tac?

 

Si vous étiez :

 

Un pays ou une ville ? Une région, les Cévennes. Pour le mélange de douceur et de rudesse.

 

Une saison ? Le printemps, pour l'espoir en la vie.

 

Une musique ?  Vivaldi, pour la sensibilité et la force de vie.

 

Un film ? Molière de Mnouchkine, pour la puissance créatrice, sens de vie absolu.

 

Un parfum ? Celui de ma femme, celui de sa peau, au naturel.

 

Un loisir ? Marcher en montagne, celle des Cévennes et sentir l'immersion dans cette puissance de la nature.

 

Une qualité ? Un défaut ? Honnête. Ombrageux.

 

Une fleur ? Les Lilas, pour l'unité dans la multitude d'une grappe de pétales.

 

Une boisson ? Un plat ? L'eau de source, captée directement dans la roche, comme le sang de la terre et une mémoire du monde. La daube de ma mère qui mijote sur le feu et embaume l'air.

 

Une époque ou période ? Fin XVème début XVIème. Pour ces découvertes qui ont fasciné l'humain. Pour le foisonnement d'idées. Pour la découverte de la perspective en peinture, pour l'humanisme et cette soif d'épanouissement humain.

 

Un personnage réel ou fictif ? "La jeune fille à la perle" pour son dévouement à un artiste, pour sa perception de l'art et sa contribution à son élaboration par le talent de fabrication des pigments comme cela est décrit par Tracy Chevalier dans son roman consacré au tableau éponyme de Vermeer.

 

Un super pouvoir ? Celui d'éradiquer l'injustice. Mais sans porter une cape, un justaucorps moulant ou des chaussons rouges. Juste par l'intelligence.

 

Frédéric, merci beaucoup pour avoir répondu à notre entretien, un immense succès à votre livre qui mérite vraiment d'être connu et reconnu !!

 

Manu.

 

Merci à vous de tant d'attention et de bienveillance I

 

Retrouvez mon avis sur le livre "Qui Parle ?" en cliquant ICI

 

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